Afrique
L’Algérie cherche à combler ses déficits sans rompre avec la dépendance pétrolière
Le gouvernement algérien tente de maîtriser ses équilibres budgétaires, mais le projet de loi de finances 2026 révèle la persistance d’une dépendance quasi totale aux hydrocarbures et l’absence de véritable diversification économique.
Présenté par le ministre des Finances, Abdelkrim Bouzred, devant la Commission des finances de l’Assemblée populaire nationale, le texte repose sur un baril de pétrole à 60 dollars comme prix de référence fiscal, avec une hypothèse de marché à 70 dollars. Ce calcul prudent masque toutefois la fragilité du modèle budgétaire algérien, toujours tributaire des fluctuations du marché pétrolier.
Pour 2026, les recettes sont estimées à 8 009 milliards de dinars (environ 54 milliards d’euros) pour des dépenses atteignant 17 636 milliards (près de 120 milliards d’euros). Le déficit dépasserait ainsi 5 000 milliards de dinars, un déséquilibre que le gouvernement compte encore compenser par le Fonds de régulation des recettes (FRR), réactivé pour l’occasion.
Ce mécanisme, initialement créé en 2000 pour amortir les chocs pétroliers, avait été vidé entre 2014 et 2018. Sa nouvelle utilisation traduit l’incapacité du Trésor à réduire la dépendance structurelle du budget aux revenus pétroliers. En 2025 déjà, un déficit de 4 045 milliards DA avait été comblé grâce à ce même fonds.
Le projet de loi prévoit par ailleurs une baisse de 2 % des volumes d’exportation d’hydrocarbures, une première depuis cinq ans, alors que ces produits représentent encore plus de 90 % des recettes extérieures du pays.
Pour atténuer le mécontentement social, le texte introduit plusieurs mesures ponctuelles : la possibilité pour les membres de la diaspora d’importer un véhicule d’occasion de moins de cinq ans, l’unification du seuil de déclaration douanière à 1000 euros, et un taux réduit de TVA à 9 % sur le transport en autobus. Le gouvernement annonce aussi l’exonération de taxes pour l’importation de 10 000 bus.
Sur le plan écologique, les véhicules électriques et hybrides seront dispensés de vignette, tandis que les voitures au GPL perdront cet avantage, une décision jugée incohérente par certains observateurs, car le GPL restait jusqu’ici la solution la plus accessible face aux carburants fossiles.
Au final, le projet de loi de finances 2026 met davantage en lumière la gestion conjoncturelle d’un modèle économique à bout de souffle que la préparation d’une réforme structurelle capable d’assurer la résilience budgétaire du pays.
Mahussé
Commentaires (0)
Soyez le premier à commenter cet article