Exposition collective à la Villa Karo
Trois artistes interrogent la mémoire entre héritage et transmission
De gauche à droite, Éric Mèdéda, coordonnateur du collectif Sac O Dos et Jeff Éric Atchado, historien de l'art lors du talk au Petit musée Villa Karo à Grand-Popo
À la Villa Karo de Grand-Popo, l’exposition collective “Mémoires vivantes” ne se contente pas de montrer des œuvres. Elle questionne ce qui reste, ce qui se transmet et ce qui disparaît. Depuis le 21 novembre 2025, les artistes plasticiens Éliane Aïsso, Achille Adonon et Éric Mèdéda y explorent la mémoire comme matière artistique et sociale. Le jeudi 12 février, ils ont échangé avec le public lors d’un talk modéré par l’historien de l’art Jeff Éric Atchado.
Au cœur de l’exposition se croisent trois trajectoires. Ce qu'a révélé l'intervention des trois artistes lors du talk qui s'est tenu au Petit musée de la Villa Karo, en présence notamment du directeur du centre, Richard Tandjoma et de la manager culturelle Georgette Ablavi Singbé, ainsi que d’enseignants, d'artistes en résidence et d’élèves. Éliane Aïsso s’appuie sur les papiers journaux et le Asèn, ces autels portatifs utilisés dans le Danhomey pour honorer les défunts. Elle aborde la mémoire comme une charge héritée du passé, une présence qui pèse autant qu’elle structure. Éric Mèdéda, lui, tisse un lien entre son histoire familiale et celle de Grand-Popo. Son travail interroge la transmission. Comment retrouver une histoire authentique et la rendre vivante ? Ses œuvres deviennent des formes d’autoportraits élargis. Elles sont nourris de récits entendus et de figures rencontrées sur le territoire. Achille Adonon explore quant à lui la mémoire comme trace laissée par les ancêtres. Sa série Mes Ancêtres puise notamment dans l’histoire de sa grand-mère Nanyé Adonon, qui était la mère du roi Akaba (1685-1708) du royaume de Danhomey. Il évoque un dialogue avec les esprits de la nature, dans une tentative de raviver les présences disparues.
Une autre dimension nourrit l’exposition. Ce sont les expériences vécues par les artistes sur les berges maritimes de Grand-Popo. Les rencontres humaines, les valeurs observées et les douleurs perçues dans la ville ont façonné le parcours proposé aux visiteurs. La présence humaine traverse ainsi l’ensemble des œuvres. Pour Éliane Aïsso, le corps s’impose naturellement comme le centre des archives vivantes. Éric Mèdéda peint quant à lui des personnages réels ou imaginés pour empêcher que leurs histoires ne s’effacent complètement. Chez Achille Adonon, elle apparaissent sans une forme identifiable.
Une installation centrale matérialise cette réflexion et s’adresse particulièrement aux jeunes publics. Elle représente un océan symbolique où voguent des bateaux en papier. Au centre se dresse un autel portatif surmonté d’une boussole. L’ensemble évoque à la fois l’histoire de l’esclavage, le lien à l’environnement et l’unité des communautés à travers des activités comme la pêche ou l’agriculture.
Au-delà de la diversité des démarches, une convergence artistique se dégage. L’œuvre collective Mémoires vivantes, réalisée à six mains, donne l’impression d’avoir été produite par un seul artiste, tant le dialogue des techniques picturales y est fluide. Les tensions entre les sources d’inspiration ou les récits historiques deviennent ici des moteurs de création.
L’exposition propose comme un espace de dialogue entre passé et présent, où la mémoire ne se fige pas mais continue de circuler.
Pour rappel, l'exposition Mémoires vivantes intervient dans un cadre particulier. Il s'agit de la célébration des 25 ans d'existence de la Villa Karo en 2025. L’exposition présentée par ces artistes du collectif Sac O Dos dans ce contexte se veut une occasion de raviver les mémoires. Celles qui n'existent plus en essence mais qui vivent encore à travers des gestes, des matières et des corps au quotidien. Le finissage prévu pour le 8 février a été prolongé jusqu’au 18 février 2026.
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