Le National Democratic Institute (NDI), en français Institut national démocratique, a effectué une mission à moins de deux mois de l’élection présidentielle du 11 avril 2026 au Bénin. Pendant une semaine, l’organisation internationale a évalué le cadre électoral. À l’issue de ce séjour, le NDI fait état de constats jugés préoccupants et formule plusieurs recommandations.

Une mission de six membres, parmi lesquels deux anciens chefs d’État — la Centrafricaine Catherine Samba-Panza et le Cap-Verdien Jorge Carlos Fonseca — a conduit cette évaluation. L’objectif était d’apprécier les conditions du processus électoral en vue du scrutin d’avril.La délégation a rencontré les représentants de la Commission électorale nationale autonome (CENA), de la Cour constitutionnelle, de l’Assemblée nationale, de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), des partis politiques, des confessions religieuses, de la société civile, des médias, du monde universitaire ainsi que les deux candidats à l’élection présidentielle.

Déséquilibre politique et climat de crainte

Le NDI évoque un déséquilibre dans la représentation politique, prenant pour exemple les élections couplées précédentes au cours desquelles l’opposition n’a obtenu aucun élu. Dans la perspective de la présidentielle, le principal parti d’opposition, Les Démocrates, ne participera pas au scrutin, comme ce fut le cas lors des communales. Le parti affirme avoir été exclu, tandis que la CENA évoque des dossiers non conformes.

Selon Catherine Samba-Panza, membre de la mission, les échanges ont révélé une vision du pouvoir où l’efficacité économique semble parfois primer sur certains principes démocratiques.

« J’ai senti que les autorités souhaitent rompre avec les pratiques du passé pour se tourner vers le développement et le progrès, et que la démocratie est perçue, selon eux, comme un facteur pouvant ralentir ce processus. Mais le développement économique doit s’accompagner du développement humain. » La mission indique également avoir perçu un climat de retenue au sein de la société civile. « Nous avons ressenti une certaine peur dans la ville, une société civile hésitante à entreprendre des actions civiques, et des partis politiques plus ou moins muselés », a rapporté la délégation.

Des recommandations

Les recommandations du NDI rejoignent certaines préoccupations exprimées par des acteurs politiques, religieux et de la société civile.

L’ancien président cap-verdien Jorge Carlos Fonseca a notamment évoqué la révision du code électoral, le renforcement des conditions du pluralisme politique, la réévaluation du seuil de 20 % exigé dans chaque circonscription, la révision des règles de parrainage

Il a également insisté sur la nécessité d’un dialogue politique ouvert. « Il faut un dialogue sincère, car après avril, la vie continue et la politique aussi. »

Christopher Fomunyoh, directeur Afrique du NDI, a pour sa part assuré que la mission s’est déroulée sans entrave et que la délégation a été reçue par l’ensemble des parties prenantes.La mission comprenait également le Dr Alioune Tine, président du Centre AfrikaJom, le Dr Sophia Moestrup, directrice adjointe du NDI pour l’Afrique centrale et occidentale, ainsi que Mme Alexis Arieff, spécialiste des affaires africaines au Service de recherche du Congrès américain.