L’annonce de la candidature de Romuald Wadagni à l’élection présidentielle a provoqué une onde de chaleur positive au sein de la mouvance présidentielle et au-delà. Les médias et l’opinion publique ont servi, les messages de félicitations fusent et traduisent le sentiment de certitude qui s’est emparé de certains acteurs.

Une ferveur compréhensible, légitime et même nécessaire. Elle est le signe d’une base quasi mobilisée et totalement ou presque convaincue par la qualité du profil, ajoutée à la solidité du bilan de Patrice Talon qui, par cette fin de mandat, aura mis tout le monde d’accord sur le projet social de rêve pour lequel il s’est battu depuis bientôt dix ans.

Cependant, c’est précisément à ce moment de grâce que doit s’élever la voix de la sagesse collective pour rappeler une évidence trop souvent oubliée dans l’euphorie : « l’enthousiasme n’est pas une stratégie électorale, et le triomphalisme est le premier piège et le pire à déjouer dans une joute électorale où tout semble acquis. » Et en la matière, l’histoire électorale récente, celle de 2016, nous enseigne à suffisance.

Le triomphalisme : un piège séditieux

Se réjouir est une chose, penser que la bataille est gagnée en est une autre, bien plus dangereuse. Le triomphalisme engendre trois maux qui rongent un groupe politique en campagne :

1. La complaisance : croire en la victoire peut amener les sympathisants à se relâcher, à penser que leur effort individuel n’est pas si crucial. « Tout le monde dans les rangs », scande-t-on déjà. Cette attitude est un poison qui désarme une base et lui fait baisser la garde. Et en 2016, Lionel Zinsou et compagnons ne l’ont su qu’à leurs dépens.

2. La sous-estimation de l’adversaire : aucune bataille ne se gagne en minimisant ceux qui s’opposent à vous. Une campagne électorale est un marathon à mille pièges, bien souvent au profit du faible. Penser le contraire est une erreur stratégique fondamentale d’hommes et de femmes qui préfèrent fermer les yeux sur les nombreux grands et difficiles sujets sur lesquels les Béninois attendent les acteurs politiques.

3. L’assoupissement des combattants : la certitude affichée endort l’ardeur des militants. Or, c’est dans le génie inventif d’un groupe déterminé, l’énergie déployée sur le terrain, dans les discussions de proximité, dans le porte-à-porte et la mobilisation sur les réseaux que se gagnent les élections. Un militant trop confiant est un militant qui ne se bat plus avec la même intensité. Un dirigeant sans pression est un responsable prédisposé à commettre des erreurs, comme il y en a déjà.

Sortir des RS pour mener la bataille du terrain

Sur le chemin de la Marina, et attendant le duo de l’opposition, l’annonce de la désignation de Romuald Wadagni n’est que le coup d’envoi. La vraie bataille commence maintenant, et elle se gagnera sur plusieurs fronts :

Le front des idées : il ne s’agit pas seulement de célébrer le passé, les réalisations, mais de débattre et de défendre ardemment le projet de société d’un avenir qui saura faire rêver et créer plus d’adhésion que Talon n’a su faire. Pour transformer chaque militant en porte-voix clair et convaincant, il faudra un programme qui fasse oublier le président sortant. Et c’est là l’un des indicateurs de la délicatesse de la tâche qui attend Romuald Wadagni, tous ceux qui sont déjà « dans le rang » et ceux qui vont prendre le train en marche.

Le front du terrain : les bureaux de vote sont hélas bien distincts de Twitter, Facebook ou encore WhatsApp. La vraie bataille va se mener dans les quartiers, les villages, les marchés, le Bénin profond tout comme dans la partie révélée du pays. Car même là encore, le combat promet. Dès lors, chaque voix se conquiert par l’explication, la persuasion et le contact humain. La bataille est une somme d’engagements individuels.

Le front de l’unité : l’heure n’est pas à l’autosatisfaction, mais à la convergence des énergies. Chaque membre de la mouvance doit être un rempart contre la division et un artisan de la cohésion. C’est pourquoi l’extrémisme exclusif et repoussant face aux indécis et aux personnes non encore conquises doit être vite oublié, au profit de l’action qui unit au-delà des fiefs acquis à la cause des partis soutenant le chef de l’État.