L’une des recommandations phares des réformes dans le secteur de la décentralisation est la création du Fonds d’investissement communal (Fic) qui se substitue au  Fonds d’appui au développement des Communes (Fadec). Présenté par le gouvernement comme un outil plus moderne, plus équitable et mieux adapté aux besoins des collectivités locales, ce nouveau mécanisme de financement est appelé à jouer un rôle majeur dans la dynamisation de l’action communale. Mais qu’apporte-t-il réellement de plus ?

Quels défis et quelles opportunités ouvre-t-il aux Communes béninoises ? Autant de préoccupations qu’aborde Franck Kinninvo, expert des politiques de décentralisation et du développement local, dans une interview qu’il a accordée à l’une des radios locales.

Qu’est-ce qui justifie la création du Fic en remplacement de Fadec et quel manquement précis ce fonds vient corriger.

Je ne pense pas que ce soit juste d’apprécier le passage du Fadec au Fic à travers des manquements. Non ! Le Fadec n’est pas dimensionné comme le Fic. Le Fadec, c’est comme une mission de réception des ressources de l’Etat,  des partenaires et de distribution à travers des guichets. Donc aujourd’hui, le gouvernement a estimé qu’il faut aller plus loin. Qu’il faut mettre en place un Fic capable d’aller sur le marché financier pour lever des fonds,  pour aller à la conquête du financement plus complexe à gérer. C’est vraiment dans cette logique qu’il faut apprécier la création du Fic en remplacement au Fadec. Donc, ce n’est pas que le Fadec ne joue pas son rôle, mais on veut élargir,  disons en termes de spectre,  la capacité du Fond d’investissement communal (Fic) à mobiliser des ressources additionnelles et innovantes.

Pensez-vous que le Fic donnera aux Communes une capacité réelle d’investissement durable au-delà de ce que permettait le Fadec ?

Le Fic offre plus d’opportunités, plus de capacité de mobilisation des ressources. Donc en termes d’investissement communal, il faut dire que le Fic pourrait aider à aller non seulement sur le marché financier,  ce qui est compliqué aujourd’hui,  parce qu’une Commune qui se lève pour aller sur le marché financier doit remplir tellement de formalités, doit avoir tellement d’autorisations que ce n’est pas simple pour le faire. Ce qui est aujourd’hui une réalité est qu’au niveau du Fic,  c’est l’Etat même qui va sur le marché au nom des Communes. Donc l’Etat développe cette capacité de mobiliser les ressources pour les Communes. Ce n’est pas seulement les ressources traditionnelles du marché financier. Vous prenez l’agenda 2030 qu’on aborde souvent en termes de développement durable, il y a des instruments de financement qui sont complexes à mobiliser.

Il y a des financements dans le cadre de l’agenda 2030 que les Communes n’arrivent pas à mobiliser, mais que le Fic peut les aider à mobiliser. Il y a aussi des fonds verts, des fonds climat qui sont difficiles à mobiliser. Je pense que le Fic viendra avec cette capacité de mobiliser ces ressources, de lever ces fonds au profit des Collectivités territoriales,  ce qui va améliorer la capacité d’investissement des Communes.

Le gouvernement annonce de mécanismes de financements plus innovants. De manière concrète, quel type d’innovation financière pourrait changer la donne pour les Communes béninoises ?

Lorsque le gouvernement parle de financement innovant, de financement additionnel,  c’est que le gouvernement veut mettre l’accent sur les ressources du marché financier et vous n’êtes pas sans savoir que le Bénin,  s’est donné, à travers Romuald Wadagni, son ministre de l’économie et des finances,  une expertise en matière de mobilisation de ressources sur le marché financier sous régional,  africain et international.  Cette bonne signature de l’Etat béninois devrait profiter aux Collectivités territoriales en termes de mobilisation de ressources additionnelles

Quels impacts directs le Fic pourrait-il avoir sur la qualité des services publics locaux : les routes, la santé, école, l’assainissement, dans les cinq prochaines années ?

On parle d’améliorer les services sociaux de base, de promouvoir l’économie locale, donc, il faut faire les routes, les salles de classes, les gares routières dans les Communes pour que les populations soient à l’aise. C’est cela l’objectif. Et cet objectif,  c’est qu’il faut investir dans l’économie locale, dans les services sociaux de base. C’est dans cette logique le Fic met plus l’accent sur les investissements. Déjà, la dénomination du Fic résume tout.

Le Fadec comporte aussi le fonctionnement que l’investissement. Je suis sûr que le Fic aussi doit avoir une dimension fonctionnement pour certaines Communes au moins mais l’idée, c’est de mettre l’accent sur l’investissement. Etant donné que les Communes ont des ressources propres, on suppose que ces ressources propres peuvent être orientées vers le fonctionnement et les transferts de l’Etat vont plutôt être orientés vers les investissements, c’est-à-dire le développement direct, les services sociaux de base pour que dans toutes nos Communes on est le minimum acceptable de services sociaux de base et c’est cela le développement.  

Dites-nous enfin,  si vous devez résumer, quel espoir le Fic faire naître pour les Communes et quels défis majeurs devront être surmontés pour qu’il ne devienne pas simplement un nouveau nom sans changement profond ?

Pour conclure, il faut vraiment comprendre que le gouvernement veut le développement des 77 Communes. Le gouvernement va plus loin et veut que le Bénin se développe à travers les 77 Communes. Le Conseil des ministres l’a clairement indiqué. Moi,  je pense que fondamentalement,  il faudrait que nous travaillions ensemble afin que le Fic puisse porter très loin les ressources transférées aux collectivités territoriales.

Aujourd’hui, nous sommes 2 à  3% du taux de transfert de l’Etat aux Collectivités territoriales. Et si nous voudrions atteindre les standards proposés par l’Union économique et monétaire ouest-africaine à laquelle nous appartenons, il faudrait aller à 10, à 15, pourquoi pas à 20% du taux de transfert. Et disons qu’à 10% déjà, on tournerait autour de trois cent milliards alors qu’aujourd’hui nous sommes entre 50 et 60 milliards.

Donc, je pense qu’avec le Fic on a bon espoir que dans les 2, ou  3 années à venir que les Communes puissent recevoir jusqu’à 300 milliards de transfert pour que véritablement les ressources soient disponibles et qu’on puisse les investir prioritairement dans les services sociaux de base et c’est cela qui va changer le Bénin.  

Transcription Zéphirin Toasségnitché