Alors que le Bénin se prépare aux élections générales de 2026, le parti d'opposition "Les Démocrates", piloté par l'ancien chef de l'État Boni Yayi, navigue en eaux troubles. Entre le leadership écrasant de son président, son identité gospel assumée et la fracture religieuse et régionaliste qui guette, le parti peut-il se muer en une alternative crédible ou va-t-il s’enliser dans les sables mouvants des identités régionalistes et confessionnelles ?

Mercredi 24 septembre 2025, c’est un Boni Yayi entouré de tous ses lieutenants qui inaugure un centre informatique au siège du parti. Des images qui témoignent des coulisses d'un moment décisif, les joutes électorales de 2026, que s’apprêtent à vivre les Béninois. Images aussi qui montrent un parti qui tente de se positionner en rempart face au pouvoir en place, lequel a déjà dévoilé son ticket, Romuald Wadagni et Mariam Chabi Talon, pour porter ses ambitions de continuité à la présidentielle de 2026.

 « Les Démocrates » et leur président Boni Yayi le savent. Pour conquérir le palais de Marina, il faut incarner l'unité et représenter la diversité de toute une nation. Or, c’est précisément là que l'équation Boni Yayi devient un casse-tête pour ses lieutenants. L'ancien président, aujourd'hui perçu comme la pièce maîtresse, apparaît également comme le point de rupture potentiel du principal parti de l’opposition béninoise. Son leadership sans partage, doublé d'une identité spirituelle de plus en plus affichée et de cet ancrage régionaliste, risque de transformer les atouts du parti en handicaps insurmontables.

Le paradoxe Yayi

Il est indéniable que Boni Yayi apporte aux démocrates une stature nationale et une expérience du pouvoir incontestables. Son mandat présidentiel (2006-2016) lui confère une visibilité et un réseau que peu de personnalités politiques béninoises peuvent revendiquer. Pour un parti d'opposition en construction, son nom est un aimant à sympathisants et un sésame médiatique. Il incarne, aux yeux de nombreux militants, l'espoir de vaincre un pouvoir sortant considéré comme trop centré sur les infrastructures au détriment du social.

Cependant, cette figure paternelle placée au centre de tout constitue un double tranchant. Boni Yayi, par sa présence, a en effet empêché l'émergence d'une nouvelle génération de leaders et maintient le parti dans une logique de rapport de force Yayi-Talon. Les Démocrates traînent, malgré eux, cette image de parti, héritier des deux mandats du régime de la refondation (2006-2016).

Et c’est lui, Boni Yayi, qui cristallise ce sentiment. De plus, l’image régionaliste dont le parti peine à se défaire est aggravée par l'ancien président. Son leadership renforce la perception d'un parti ancré dans une base ethnique et géographique spécifique, un fardeau qui lui colle à la peau. Cette étiquette est rédhibitoire pour prétendre rassembler une majorité nationale et pourrait faire hésiter l'électorat du Sud, plus urbain et influent économiquement.

Yayi chantre et le pasteur, une image qui divise

Si la question régionaliste est un vieux démon de la politique béninoise, l'évolution récente de Boni Yayi introduit une variable nouvelle et potentiellement plus explosive : la religion. L'ancien président, dans sa reconversion post-mandat, a endossé avec une ferveur publique le rôle de pasteur et de chanteur gospel. Ses compositions musicales à la gloire de Dieu et ses prêches sont largement diffusées sur les réseaux sociaux. Pour ses partisans, cette foi affichée est le signe d'une intégrité et d'une moralité.

Mais ce tournant gospel est perçu comme un repoussoir par une frange non négligeable du parti et de l'électorat potentiel, qu'il soit catholique, protestant, musulman ou encore adepte des cultes endogènes. Le Bénin est un pays où la coexistence religieuse est pacifique. Cependant, en s'affichant autant comme un leader évangélique, Boni Yayi envoie un message ambigu, voire exclusif, aux cadres et sympathisants de toutes les autres obédiences religieuses au sein du parti et au-delà.

Talon et les siens, des spectateurs bienheureux

Patrice Talon et ses partenaires politiques ne peuvent que se frotter les mains. Les Démocrates, au lieu de concentrer leurs forces sur les véritables enjeux, sont obligés de consacrer une énergie précieuse à gérer leurs contradictions internes. L'image d'un Boni Yayi en pasteur, certes rassurante pour sa base évangélique, est un cadeau empoisonné pour la communication nationale du parti. Elle permet au camp présidentiel de le caricaturer facilement, non plus comme un ancien chef d'État, mais comme un prédicateur déconnecté des réalités économiques, plus préoccupé par le salut des âmes que par le prix du carburant. Cette image affaiblit sa crédibilité sur les dossiers techniques et économiques, essentiels pour toute campagne présidentielle.